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L'écosystème de l'entrepreneur

 L'entrepreneur se lance seul mais n'est rien sans ses parties prenantes, ou l'écosystème qu'il va se construire progressivement et dans lequel il doit trouver sa place : à lire cet intéressant article de Maddyness ! 

L'envie d'entreprendre en 2020 en France ?

En janvier 2020, plus de 8 millions de français ont le projet de créer ou reprendre une entreprise dans les deux années mais on compte moins de 800 000 créations en comprenant l'autoentrepreneuriat...

Découvrez la dernière enquête nationale de Opinionway sur l'envie d'entreprendre !

Entreprendre en prison




Saviez-vous qu'une voie explorée pour faciliter la réinsertion des prisonniers est l'éducation à l'entrepreneuriat ?  

Je vous propose un extrait de l'article "Entreprendre pour s’évader de la case prison" de Walid A. Nakara, paru dans The Conversation (lien en fin d'article).


Les prisons françaises ont un nouveau triste record à leur actif : selon les derniers chiffres de la Direction de l’administration pénitentiaire, 70 367 personnes étaient incarcérées au 1er avril 2018. Le chiffre le plus élevé jamais enregistré. Dans ce contexte, la réinsertion des sortants de prison est un enjeu crucial pour le bon fonctionnement de notre société. Or les pouvoirs publics sont démunis face au fléau de la récidive : 59 % des sortants de prison sont recondamnés pour des faits commis pendant les cinq années suivant leur libération.
Une action originale mais encore peu explorée en France est l’insertion par l’entrepreneuriat. Il s’agit d’accompagner les sortants de prison dans la réflexion sur l’identification d’opportunités entrepreneuriales, par exemple la création de son propre emploi en tant que micro-entrepreneur, la reprise d’entreprise, la transmission, etc. Voici l'exemple aux Etats Unis d'un programme à l’initiative du Charles Koch Institute  :


Pour les anciens détenus, s’engager dans un processus entrepreneurial présente au moins quatre aspects positifs.

1. Aider à la résilience : L’entrepreneuriat pourrait permettre aux anciens détenus de développer une forme de résilience. Ils ont en effet vécu, durant leur enfermement, dans un contexte de grande violence, encore aggravée par la surpopulation carcérale, problème de plus en plus important ces dernières années. Entreprendre pourrait constituer une voie vers la reconstruction, un moyen de dépasser les traumatismes vécus en prison.
2. Améliorer leur estime de soi : Le défi de devenir entrepreneur, une fois relevé, pourrait améliorer leur confiance en eux, leur autonomie et leur sentiment de liberté.
3. Développer l'entrepreneuriat : au-delà de ces bénéfices individuels, développer l'entrepreunariat pour les sortant de prison présente un intérêt plus large. Alors que le modèle d’insertion par l’emploi qui existe actuellement montre ses limites, la mise en place d’un programme d’aide à l’entrepreneuriat permettrait d’étoffer l’offre de formation proposée aux sortants de prison. Cette approche est d’autant plus cohérente que le contexte politique s’y prête : les pouvoirs publics encouragent en effet de plus en plus l’entrepreneuriat.
4. Redonner de la dignité : s’engager dans un processus entrepreneurial permettrait aux sortants de prison de retrouver leur réseau familial et social, et donc leur « dignité », « perdue » au moment de leur incarcération, comme en témoignent les propos d’un ancien détenu devenu entrepreneur :
« Depuis que j’ai eu mon camion à pizza, qui marche bien maintenant, je vois mon fils plus souvent […] Maintenant je peux lui offrir des cadeaux, l’emmener faire des activités […] C’est quand même plus sympa que de l’avoir sans pouvoir faire des choses ensemble […] Quand j’étais en prison je n’avais pas envie que mon fils vienne me voir comme moi avec mon père quand j’étais petit […] Là je suis bien, je vois plus de gens, je discute beaucoup avec mes clients, certains sont même devenus des amis. »
De plus la majorité des formations proposées aux sortants de prison concernent des métiers à faibles qualifications, dans des secteurs comme le bâtiment, l’entretien… Ceux-ci sont perçus comme « peu attrayants » par certains anciens détenus. Il serait intéressant par conséquent d’élargir l’offre de formation proposée et d’orienter ces personnes vers des métiers dits « d’avenir », dans les secteurs des nouvelles technologies.Cela permettrait aussi d’instaurer une certaine justice sociale en luttant contre l’« exclusion numérique ». D’autant plus que l’utilisation des outils informatiques en milieu fermé pourrait avoir des effets bénéfiques sur le comportement des détenus. Ceci pourrait ainsi apaiser le climat au sein de la prison entre détenus et personnel pénitentiaire.
Il existe malgré tout quelques obstacles à l’insertion des anciens détenus par l’entrepreneuriat. La lourdeur des démarches administratives et le manque d’information à ce sujet en font partie. Par ailleurs, certains sortants de prison, à cause de leur casier judiciaire, n’ont pas droit à certains types de financement. Or ledit financement est un élément essentiel dans la phase de démarrage d’un projet entrepreneurial. Enfin, il n’existe actuellement pas de structure ou d’interlocuteur unique vers lequel un détenu, en milieu fermé, peut s’orienter s’il souhaite se former ou obtenir des informations sur la création d’entreprises.

Source : http://theconversation.com/entreprendre-pour-sevader-de-la-case-prison-95541


 de Walid A. NakaraMontpellier Business School – UGEI
Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la question "Mais à quoi pensent les créateurs d'entreprise lorsqu'ils créent leur entreprise ?", voici le lien vidéo d'une présentation simple de ma thèse lors d'un colloque en 2011.
Attention, après avoir cliqué sur le lien, il faut ensuite chercher la vidéo en cliquant sur le texte "Je crée une entreprise, mais à quoi pensent les créateurs d’entreprise ?».
 

Entrepreneurs...hé bien bricolez maintenant !

Maintenant que vous avez fait un beau plan d'affaires qui prouve par A + B que votre marché est porteur (ce dont vous n'êtes pas du tout sûr), que votre produit est exceptionnel (d'après vos amis) et que le "cash" coulera à "flow" dès la première année (vive l'astrologie)...comment faire ? Tout à coup, vous êtes pris d'un doute...
...le plan d'affaires peut rassurer votre banquier, prouver votre sérieux (oui, vous savez écrire et compter) ; il vous a obligé à cumuler une masse d'informations et à la structurer, à affûter vos arguments, vous a également donné l'occasion de créer un embryon de réseau relationnel autour de votre projet...

Mais vous avez bien envie de l'enfermer au fond du placard pour l'oublier et vous lancer, en oubliant les belles projections qui vous ont poussé à formuler un projet qui "présente" bien et qui dépasse peut-être vos aspirations.




Et bien, il est temps de quitter votre costume de super héros 
pour retrouver le confort de votre vieux jean de bricoleur, 
le plaisir de bidouiller dans le fatras de votre atelier 
et de laisser s'exprimer votre créativité pour redonner vie à de vieux débris !


A partir de quand et jusqu'à quand est-on un "entrepreneur" ?

L'entrepreneur est celui qui impulse la création d'une organisation, issue d'une intention personnelle, d'un engagement dans un processus qui va transformer un projet d'entreprendre en projet d'entreprise.

Mais que se passe t-il ensuite ? Y a t-il une borne qui marque la fin de la période entrepreneuriale ? De même quand ce processus commence t-il ? peut on le dater ?

En ce qui concerne la borne inférieure, la constitution juridique de l’entreprise sert généralement de repère pour décider que l’entreprise est créée, repère commode pour les études statistiques qui disposent du registre du commerce comme source d’information. Mais cette étape constitue t’elle le début de la création ou bien la fin ?

  
Cette étape juridique de l’immatriculation fournit un repère précis, marqué par un événement borné temporellement, se traduisant par un document officiel. Mais l’entreprise n’est alors qu’une coquille vide, dont les activités n’ont généralement pas démarré. Alors, à partir de quand peut-on considérer que le niveau minimal des activités en cours permet de penser que l’entreprise est créée ? 
Lorsque l’on se penche sur ce sujet, le questionnement peut se dérouler sans fin. L’idée de découper cette phase initiale en identifiant une phase de démarrage qui correspondrait à l’initiation des premières activités se présente alors naturellement. Cette phase de démarrage débuterait lorsque l’entreprise enregistre ses premières commandes ou réalise ses premières ventes (Fourcade, 1991) ou bien par le passage d’une stratégie d’une personne à une stratégie d’organisation (Sammut, 1998).

Reprendre une entreprise, gare aux fantômes !!*

En France, la transmission d’entreprise par voie successorale est en constante diminution tandis que les entreprises sont de plus en plus cédées à des tiers, souvent très éloignés de la structure transmise. Ainsi de nombreuses difficultés doivent être surmontées.
De gros efforts ont été mis en place pour faciliter la rencontre entre les cédants et des repreneurs potentiels :  outils et démarches standards permettant de rationaliser le processus de transmission-reprise, bases de données de cédants/repreneurs créées par les chambres consulaires ou les syndicats professionnels, salons permettant une rencontre « physique » des protagonistes, aides financières de l’Etat et accompagnement d’OSEO Sofaris, etc.
Cependant même lorsque la rencontre se fait, il reste un second défi de taille, celui de la pérennisation des structures transmises : les statistiques indiquent que plus d’une transmission sur cinq échoue en moyenne avant six ans (ce qui reste de très loin inférieur aux scores d'échec en création d'entreprise pure).
Or la transmission d’entreprise ne peut se résumer à des facteurs juridico-financiers. Elle n’est pas uniquement un procédé technique permettant la continuation d’activité grâce au remplacement du chef d’entreprise. C’est tout d’abord la rencontre d’au moins deux personnes (cédant et repreneur) poursuivant le même objectif apparent, puis l’intégration d’une personne extérieure par un collectif de salariés et de parties prenantes externes. 

La réussite de la reprise ne pourra se faire que si les relations interindividuelles établies permettent une collaboration fructueuse. Les dimensions psychologiques et sociologiques sont donc essentielles.

*Engagez-vous qu'ils disaient...

L'escalade de l'engagement (escalation commitment) décrit la tendance que manifestent les personnes, et en particulier les entrepreneurs, à persévérer, d’une façon excessive, dans une décision ou dans des actions, en dépit d’un retour d’information négatif et de l’existence  d’incertitudes sur la réussite attendue.

Pour les courageux, voici une traduction personnelle du résumé d'un article de recherche de Mc Carthy,Schoorman et Cooper en 1993 : “Reinvestment Decisions by Entrepreneurs: Rational Decision-Making or Escalation of Commitment ?” (les décisions de réinvestissement par les entrepreneurs : prise de décision rationnelle ou escalade de l'engagement ?) dans la revue Journal of Business Venturing, 8(1), pp. 9-24.

Sinon, allez directement au paragraphe "Et en plus simple ?" !
"Parmi les décisions les plus importantes que prennent les entrepreneurs se trouvent celles qui concernent la question de croître, maintenir ou réduire leur affaire. On s’attendrait à ce que ces engagements majeurs soient basés sur des performances prévisionnelles. Ces prévisions, à leur tour, seraient lourdement influencées par la performance actuelle. Ainsi, nous pourrions présumer que les entreprises qui ont reçu des retours favorables du marché seraient plus susceptibles de se développer tandis que celles qui ont reçu des feedbacks négatifs seraient plus susceptibles de réduire leur taille. 
 Des recherches en cours sur la prise de décision suggèrent que des processus psychologiques pourraient jouer un rôle en influençant ces décisions. Sous certaines conditions les entrepreneurs pourraient être influencés par un phénomène appelé « l’escalade de l’engagement ». Ceci pourrait conduire les entrepreneurs à décider de développer les actifs de leur entreprise sans prendre en compte les signaux du marché.
La littérature sur l’escalade de l’engagement suggère que, sous certaines conditions, les décideurs qui prennent une première décision renforcent exagérément ce choix initial et prennent alors des décisions biaisées. Les recherches précédentes (dont la plupart ont été menées en laboratoires) suggèrent que l’escalade de l’engagement est plus susceptible de se produire :
1.     Si les entrepreneurs ont créé leur entreprise (plutôt que achetée)
2.     S’ils ont des partenaires
3.     Si les entrepreneurs s’attendent à mobiliser leur compétences dans la nouvelle entreprise
4.     Si les entrepreneurs sont exagérément sûrs d’eux (c’est-à-dire qu’ils sont certains de faire substantiellement mieux que les autres dans les mêmes types d’entreprises.
Il est également attendu que ces facteurs prédicteurs de l’escalade de l’engagement auront une influence relative plus forte quand les signaux du marché sont négatifs que lorsqu’ils sont positifs ; les signaux négatifs semblent induire un processus d’autojustification. L’hypothèse est également posée que l’influence de ces prédicteurs sera moins forte dans la troisième année d’une entreprise que dans la deuxième année. Finalement il est attendu que ces influences psychologiques vont aider à fournir une explication systématique des décisions de réinvestissement supérieures ou inférieures à ce que l’on pourrait prédire sur la base d’indicateurs financiers.
 Ces hypothèses ont été testées sur des données issues d’une étude longitudinale impliquant 1112 entreprises. Il a été trouvé que les entrepreneurs qui avaient lancé leur entreprise et ceux qui avaient exprimé une confiance plus élevée étaient significativement plus susceptibles de prendre une décision de croissance. Les hypothèses que ceux qui avaient des partenaires et ceux qui s’attendaient à utiliser leurs compétences seraient plus susceptibles de se développer n’ont pas été confirmées. (…)
Les décisions de développer ou de réduire une activité ne sont pas nécessairement bonnes ou mauvaises. Cependant il est important que les entrepreneurs soient conscients des facteurs qui influencent leurs décisions. Ils devraient reconnaître que la tendance au biais de l’escalade de l’engagement peut arriver. La recherche d'opinions indépendantes auprès de conseillers qui ne ressentent pas autant de responsabilité personnelle (...) pourrait conduire à une évaluation des alternatives plus objective.
Les conseillers devraient également réaliser que leur inclination à l’escalade de l’engagement existe et quelle est naturelle. Ils devraient être capables de se préserver de la tendance à être emporté par l’enthousiasme et l’escalade de l’engagement des entrepreneurs. Les entrepreneurs et leurs conseillers (ainsi que les chercheurs) devraient reconnaître que les décisions entrepreneuriales importantes sont souvent influencées par des facteurs psychologiques aussi bien qu’économiques. Cette prise de conscience devrait permettre les entrepreneurs de prendre des décisions plus rationnelles."
Et en plus simple ? Cette étude à grande échelle sur des entreprises américaines a confirmé que les décisions stratégiques de croissance ou de décroissance prises par les entrepreneurs sont loin d'être liées à des analyses rationnelles. Il existe un phénomène qui peut pousser un individu à s'entêter à poursuivre ses investissements sur un projet alors qu'il a des retours négatifs : comme il se sent responsable du lancement du projet, il va justifier a posteri cet engagement initial en se convainquant que les indicateurs sont négatifs parce qu'il n'a pas suffisamment investi sur ce projet : "engagez-vous, rengagez-vous qu'ils disaient"...
Cet article étudie donc quels indicateurs influencent le plus ce phénomène. Il présente l'intérêt de se baser sur une étude à grande échelle sur des entreprises alors que la plupart des autres études étaient auparavant fondées sur des simulations.


L'escalade de l'engagement est un phénomène observé à l'échelle individuelle mais également d'un groupe ou d'une organisation. 


Les recherches ont montré que 4 principaux facteurs interviennent :
1. les sentiments de responsabilité concernant la décision intiale, arrêter serait comme revenir sr cette décision
2. l’effort impliqué par cette prise de décision : prendre des décisions implique un travail cognitif important et la plupart des gens reculent devant la perspective de le recommencer
3.   le souci de perdre la face et d’image / admettre son erreur
4.   le désir élevé de justifier son choix initial

Complément : L'article de référence est celui de Staw ("Knee-Deep in the Big Muddy: A Study of Escalating Commitment to a Chosen Course of Action", accessible sur Googlescholar) en 1976, qui a mis en lumière ce phénomène en étudiant les comportements de 240 étudiants en écoles de commerce, lors de jeux de rôles à partir d'une étude de cas dans lequel ils devaient faire des choix d'affectation d'un budget de recherche et développement. 
Il s'est avéré que dans le contexte de prises de décisions d'investissement, les personnes qui engageaient les montants les plus élevés dans une action préalablement choisie étaient celles qui étaient personnellement responsables des conséquences négatives.

* D'après le célèbre philosophe René Goscinny, dans la bouche des romains (Le Tour de Gaule d'Astérix, 1965).

Le gène de l'entrepreneur a t-il été trouvé ?

La figure de l’entrepreneur a longtemps intrigué : serait -il différent des autres ? y aurait-il une   particularité innée qui ferait que certains réussissent là où d'autres échouent ?

Les chercheurs en entrepreneuriat ont un temps centré leurs travaux sur la recherche de traits de personnalité distinctifs. L'objectif était de pouvoir prédire, à partir d’une population donnée, les futurs entrepreneurs, afin de ne pas disperser les moyens de soutien engagés. 

 En 1935 J. A. Schumpeter s’oppose à cette approche déterministe : il met en évidence la personnalité et la fonction de l’entrepreneur. L’entrepreneur est, pour lui, celui qui introduit et conduit l’innovation. Richesse et emploi sont créés par les entrepreneurs qui ont besoin de sécurité et de liberté, d’où la nécessité de limiter l’intervention de l’Etat. Les prélèvements nécessaires doivent être supportés par les autres catégories de population qui ne savent que vendre leur force de travail, consommer, et épargner. Ce qui nécessite de démontrer de manière rigoureuse que les entrepreneurs possèdent des qualités particulières…

Effectivement, nombreuses ont été les recherches se donnant pour objectif d’apporter cette démonstration. Force est de constater qu’une grande partie de la presse française continue d’encenser l’entrepreneur en se faisant l’écho de réussites spectaculaires dues à un sixième sens, une intuition, un don…

Cependant aucune étude scientifique n’a pu établir à ce jour de caractéristique, statistiquement significative, qui permettrait de le différencier du non entrepreneur.  

Ainsi W.B. Gartner (1988) affirmait d’emblée que « la question de savoir qui est un entrepreneur est la mauvaise question ». En analysant une trentaine d’études concernant l’entrepreneur, il montrait la multiplicité des définitions utilisées et le manque d’homogénéité des échantillons : la variation d’un entrepreneur à un autre est probablement souvent plus grande qu’entre un entrepreneur et un non entrepreneur. Il concluait que l’entrepreneur dessiné par les multiples caractéristiques psychologiques étudiées dans ces recherches ne ressemblerait à rien sinon à « Monsieur Tout le monde ».

Il n’existerait aucun test pertinent mesurant la capacité d’entreprendre et il est peu probable que l’on parvienne à en trouver un jour (M. Casson,1991).  Cette question est aujourd’hui écartée définitivement, ce qui constitue en soit une avancée.

Les créateurs d’entreprise possèdent pourtant un certain nombre de caractéristiques psychologiques communes (que les non entrepreneurs peuvent également posséder !) identifiées dans les recherche en sciences de gestion (A. Fayolle, 2004) :
·         l’optimisme ;
·         l’atypisme ;
·         la flexibilité ;
·         la persévérance ;
·         la tolérance à l’ambiguïté et à l’incertitude ;
·         la confiance en soi ;
·         l’implication long terme ;
·         l’internalité (sentiment de contrôler le cours des événements) ;
·         la prise de risques modérés.

La simple lecture de ces différents traits brosse le portrait d’une personne qui s’organise plus ou moins inconsciemment pour ne pas se laisser décourager par les difficultés rencontrées ou annoncées, ce qui constitue un atout pour progresser vers le but recherché. 

Mais le créateur fait aussi preuve généralement d’un manque d’écoute envers ceux qui ne le confortent pas dans ses convictions, source d'erreurs de jugements ou de mécanismes de type cercle vicieux*...

Conclusion : point de facteur génétique, tout le monde peut un jour devenir entrepreneur, où l'est déjà à sa façon !

Bibliographie

  • Casson, M. (1991), L’entrepreneur, Paris : Economica.
  •  Fayolle, A., (2004 ), Entrepreneuriat, Apprendre à entreprendre, Paris : Dunod.
  • Gartner, W.B. (1988), « Who is an Entrepreneur ? » Is the Wrong Question, American Journal of Small Business.
  • Schumpeter, J.A. (1935), Théorie de l’évolution économique, Paris : Dalloz.
voir article à paraître sur "l'escalade de l'engagement". 



Comment compte t-on les entreprises créées ?

Attention, méfiez-vous des statistiques sur la création d'entreprise, elles peuvent recouvrir plusieurs types de création, et pas uniquement la plus classique, appelée "création d'entreprise pure" ou "ex-nihilo".


Tout d'abord, il existe une définition juridiqueUne entreprise existe juridiquement à partir du moment où elle est immatriculée au fichier SIRENE, c'est à-dire le Système Informatique pour un Répertoire des Entreprises et des Etablissements, soit l'équivalent du numéro de sécurité sociale pour un individu. C'est à partir de ce fichier que l'INSEE réalise ses statistiques de création d'entreprise.


Cependant, sur le plan économique l'enjeu est de "gonfler" les chiffres de manière à ne pas sous estimer la situation française au regard des autres pays européens, d'où une nouvelle définition proposée par l'INSEE depuis janvier 2007, qui englobe également :

  • une partie des reprises d'entreprises si l'on estime qu'une nouvelle activité est créée,
  • une partie des entreprises "réactivées", dont l'activité avait été suspendue pendant plus d'une année (on considère alors qu'une nouvelle clientèle est créée).


Le total donne le nombre d'entreprises "créées" en France chaque année, soit 549 805 créations d’entreprises en 2011 (dont 291721 en autoentreprises, soit 53% du total).

Groumpf! Comment ça s'écrit entreprena/eu/riat ?

Bon, pour mettre tout le monde d'accord, 
il existe deux façons d'orthographier ce mot barbare :

entreprenEUriat et entreprenAriat

En recherche nous utilisons le plus souvent le terme Entrepreneuriat.

Saviez-vous que ce terme est un mot d'origine...française ? Et oui, la langue anglaise nous a emprunté le mot, ce qui donne : "an entrepreneur" et "entrepreneur[ship]" (entrepreneur[iat]).

On trouve ce mot dans des écrits datant du Moyen-Age (d'abord entreprendeeur, puis empreneeur et entreprendeur, et enfin entrepreneur à partir de 1422), où il désigne une personne qui assume une tâche, mais aussi une personne hardie, prompte à prendre des risques.





Donc pour vous en souvenir : on écrit ENTREPRENEUR + IAT

Le fameux coup de pied au c...des entrepreneurs !

Discussion avec un entrepreneur : "C'est fou, on s'est rendus compte au sein du club d'entrepreneurs que nous avions tous eu besoin d'un 'coup de pied au c...' pour nous lancer..."

Un autre nom pour expliquer ce phénomène courant : "le facteur de déplacement".



C'est en 1975 qu'Albert Shapero rédige un article intitulé "The displaced, unconfortable entrepreneur"  dans Psychology Today. Il présente un "modèle" de l'entrepreneuriat, c'est-à-dire un schéma illustrant les différentes dimensions qui interviennent et leurs relations. Il identifie les différentes variables psychologiques, sociologiques, économiques qui peuvent conduire un entrepreneur potentiel à passer à l'acte. A ces variables l'auteur ajoute une variable de situation, appelée discontinuité ou déplacement.

Les variables de situation peuvent être des situations ressenties comme négatives : des déplacements, comme le cas des populations réfugiées, ou des discontinuités comme un licenciement, un changement de patron mal vécu, l’impossibilité de trouver un premier emploi…. Ces éléments négatifs représentaient 65% des cas rencontrés par l’auteur à l’époque. 
Les situations positives peuvent être la découverte d’un nouveau produit ou d’un nouveau marché, la rencontre d’un partenaire, une possibilité de financement.

Le plus souvent des facteurs positifs et négatifs se combinent. Ils peuvent être imposés de l’extérieur ou simplement ressentis comme tels. Le terme de « facteur de déplacement » est aujourd’hui souvent utilisé de manière simplifiée pour désigner cette variable.


L’analyse a montré que ce facteur de déplacement peut être interne, en l’absence de facteur identifiable extérieurement, comme le sont les ruptures professionnelles ou géographiques (A. Shapero, L. Sokol, 1982, p. 81) : 
« les déplacements sont parfois internes à l’entrepreneur, dans le sens où ils ne sont générés sans aucune autre référence que le temps qui passe ».
Ainsi les « anniversaires traumatisants » ou les « nombres magiques », poussent à réaliser un bilan de vie et à agir avant qu’il ne soit trop tard. De même, un déplacement positif peut être constitué de la proposition de partenariat par un ami, collègue, ou même client, qui vont déclencher la décision entrepreneuriale, alors qu’aucun projet n’existait auparavant. C’est la perception et l’interprétation personnelle des circonstances rencontrées qui seront alors déterminantes, autrement dit la façon dont seront traitées cognitivement les informations et expériences rencontrées.



Donc le fameux coup de pied...ne serait qu'une vue de l'esprit 
avec des effets bien réels !
* Dessin : FB